URBAN HISTORY REVIEW/
REVUE D'HISTOIRE URBAINE

URBAN HISTORY REVIEW Vol. 36, No. 2

Printemps 2008 - "Public Health in the City"

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Editorial Introduction

Michael E. Mercier
David Wright
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An Epidemic without Enmity: Explaining the Missing Ethnic Tensions in New Haven’s 1918 Influenza Epidemic

Julia Irwin

Résumé

L’historiographie de la santé publique urbaine documente souvent les accusations envers immigrants et classes ouvrières, boucs émissaires auxquels l’on attribuait le blâme pour maints assauts de maladies épidémiques. Toutefois les détails historiques de l’épidémie de grippe espagnole de 1918 qui eut lieu à New Haven, Connecticut, suggèrent une trajectoire narrative différente. Les ouvriers et travailleurs industriels de souche italienne constituaient une proportion importante de la population de la ville. Au cours de l’épidémie, les habitants d’origine italienne succombaient à la grippe presque deux fois plus souvent que les autres citoyens. Mais contrairement aux prévisions historiographiques, l’histoire des événements de New Haven est racontée avec des silences perçants, ainsi qu’avec une absence d’inimitié envers la communauté immigrante. Ces silences doivent être compris comme étant un produit du contexte sociopolitique de cette période. En effet, la grippe espagnole frappa la ville de New Haven durant les derniers mois de la Première Guerre mondiale, un temps marqué par des appels à l’unité et à la coopération, et par un patriotisme féroce. Pendant que les citoyens “Anglo” soulignaient l’Américanisme et l’esprit d’assimilation, les chefs bourgeois de la communauté italienne acquiescèrent largement. Éditeurs, médecins, propriétaires d’entreprise, et autres professionnels utilisèrent la période d’épidémie pour construire une face publique nouvelle de la communauté italienne, celle d’un groupe ethnique modernisé, patriotique, et sérieux. En même temps, les officiels de la santé publique de New Haven, renommés au niveau national, adoptaient en ce temps de guerre un vocabulaire martial, un langage de volontarisme et d’obligation civique afin de modifier les attitudes des citoyens. En matière d’hygiène, ils encourageaient l’éducation et la persuasion modérée plutôt qu’une plus ferme coercition. Prises d’ensemble, les réponses communautaires à la grippe espagnole aidaient à réprimer de potentielles hostilités. Cependant, ces réactions masquaient aussi les inégalités qui avaient persisté au niveau de la santé publique de la communauté italienne, et limitaient le potentiel pour de vraies réformes urbaines du logement et de la santé publique de la population d’immigrés. Des publications en langue italienne et anglaise démontrent les sens divers que prenait l’épidémie de grippe parmi différents groupes citadins. Celles-ci servent également à illustrer les maintes façons dont ces groupes utilisaient l’épidémie afin de créer des définitions nouvelles de citoyenneté et de comportement correct.
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Public Health, Yellow Fever, and the Making of Modern Tampico

Glen Kuecker

Résumé

Cet essai étudie le cas de la ville portuaire de Tampico, au Mexique, pour mettre en lumière les liens qui existent entre la création de l’État-nation, l’urbanisation et la politique en matière de santé publique à la fin du XIXe siècle. On y établit un rapport entre l’expansion de Tampico et la progression, en 1898, d’une virulente épidémie de fièvre jaune, tout en analysant les stratégies adoptées par les responsables de la santé publique pour la combattre. L’essai s’intéresse plus particulièrement au fait que les autorités aient eu recours aux quarantaines dans l’espoir de freiner l’épidémie. Ces dernières s’étant avérées inefficaces, les autorités nationales en sont venues à les considérer comme étant contradictoires par rapport au projet d’État- nation moderne, ce qui les a amenées à remplacer ces mesures par la mise sur pied de programmes d’hygiène urbaine. Toutefois, les autorités de la région et de l’État sont demeurées convaincues de la pertinence des quarantaines. Il faut dire qu’elles faisaient face à un besoin urgent de protéger leur population et le commerce. La lutte contre la fièvre jaune s’est inscrite dans un important virage en matière de gestion de la santé publique. En effet, ce domaine est passé sous la responsabilité des autorités nationales après avoir été administré jusque-là par les pouvoirs locaux. En conclusion, l’auteur examine les incidences de l’épidémie de Tampico en 1898 sur l’histoire des villes portuaires des Caraïbes.
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Preparing for the Pandemic: City Boards of Health and the Arrival of Cholera in Montreal, New York, and Philadelphia

John B. Osborne

Résumé

Cette étude met en relief les réactions de fonctionnaires municipaux des villes de Montréal, New York, et Philadelphie devant l’épidemie de choléra de 1832. Vue le désaccord entre médecins au sujet de la cause et de la nature de la contagion, les professionels médicaux de l’époque ont proné diverses mesures contradictoires pour effectuer la protection et prévention que tout le mondere cherchait, telles des quarantaines, l’isolement des hôpitaux, et le nettoyage et l’assainissement généraux des villes. Certains préjugés à l’égard d’immigrés, de classe, et d’ethnicité ont sensiblement pesé dans les actions prises par les leaders municipaux – souvent autant que les opinions des experts médicaux. Des trois villes étudiées, Philadelphie a enregistré le taux de mortalité le moins élevé de l’épidémie – une réussite attribuée à l’époque au programme municipal d’hygiène et d’assainissement. Erreur – elle avait resulté plutôt de l’eau potable venue de la station de pompage ultramoderne récemment construite pour approvisionner la ville.
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A Janus-Like Asylum: The City and the Institutional Confinement of the Mentally Ill in Victorian Ontario

Shawn Day
Nathan Flis
Jessica Smith
David Wright

Résumé

Cet article examinera plusieurs aspects du rapport complexe entre la ville et l’asile victorien. La première partie du texte mettra l’accent sur la dimension urbaine des hôpitaux psychiatriques publics et les ambiguïtés qu’elle comporte au niveau de son identité et de son fonctionnement. En effet, le paradigme des hôpitaux psychiatriques est un moyen d’intervenir dans les champs d’opposition sur l’écart temporel entre le passé remémoré, romantique et à la fois pastoral et la vie au présent projeté sur un monde urbain en plein épanouissement. Janus en serait fier! La deuxième partie du texte adopte une approche quantitative et indique qu’en plus des habitants strictement urbains, les hôpitaux psychiatriques desservaient bon nombre de patients provenant des régions rurales de la province. Cette conclusion, dérivée d’une des plus grandes banques de données entreprises sur les patients hospitalisés, remet en question un argument important et pertinent en historiographie de l’hôpital psychiatrique nord-américaine.